Vince, une masterclass d’allure avec Bénédicte Burguet
Photos : @camilletinon
Et si le véritable power dressing consistait désormais à en faire moins ? À l’occasion d’une masterclass parisienne pour Vince, Bénédicte Burguet revisite les codes du vestiaire féminin à travers une sélection de pièces où la précision des coupes, la noblesse des matières et l’art de la simplicité composent une nouvelle grammaire de l’allure.
Journaliste mode devenue créatrice de contenu, Bénédicte Burguet Journé s’est imposée par son esthétique minimaliste, ses formats éditoriaux inventifs et son regard singulier sur la mode et l’art de vivre. Une signature qu’elle prolonge dans sa newsletter, véritable success-story sur Substack. Son credo ? Le less is more, une élégance qui privilégie la justesse des coupes, la noblesse des matières et l’allure plutôt que l’effet. Une philosophie en parfaite résonance avec Vince, maison californienne dont elle a récemment revisité le vestiaire à travers une masterclass consacrée au power dressing. Rétrospective.
Vince : le pouvoir de l’essentiel
Chez Vince, rien ne cherche à attirer l’attention. Et c’est précisément ce qui retient le regard. Fondée à Los Angeles en 2002 par Rea Laccone et Christopher LaPolice, la maison américaine est née d’une pièce : un sweat zippé en cachemire, coupé dans l’esprit du vêtement de sport, à rebours d’un cachemire alors cantonné au twin-set. Dans ce geste se dessinait déjà une certaine idée du luxe, débarrassée de toute ostentation, où la sophistication tient à quelques détails décisifs : le tombé d’un pantalon, le grain serré d’une maille, une soie qui accompagne le mouvement, un cuir dont la souplesse finit par se faire oublier.
Sous l’impulsion de Caroline Belhumeur, directrice de la création depuis 2017, ce vocabulaire s’est affiné autour d’un vestiaire pensé pour durer à travers les saisons. Les mailles en cachemire, signatures historiques de la maison, côtoient les blouses en soie coupées dans le biais, les pantalons Colette aux lignes fluides, les pièces en cuir et les manteaux aux volumes étudiés. Des essentiels qui n’ont de basique que le nom, tant leur intérêt réside dans la précision des proportions et la qualité des matières.
Il y a dans cette garde-robe quelque chose de l’élégance américaine des années 1990 : une sophistication sans apprêt, où une chemise, une maille ou un pantalon parfaitement coupé suffisent à construire une silhouette. Ni effet de mode ni démonstration de statut, mais une allure qui se joue dans la nuance. Le less is more, non comme une tendance, mais comme une véritable discipline du style.
La curation comme exercice de style
Dans sa curation pour Vince, Bénédicte Burguet Journé joue la carte de la coupe et de la matière avant tout. Sur les portants, un camaïeu sourd de noir, d’anthracite et de kaki, ponctué de bruns profonds, du mocha au chocolat amer, avec çà et là un écru pour faire respirer l’ensemble. La pièce maîtresse : une jupe crayon en cuir, longueur midi, taille haute et ligne fuselée, qui structure la silhouette sans la contraindre. Autour d’elle, une chemise en satin de soie kaki au col XXL, un pull camionneur en grosse maille côtelée chinée, un manteau aux reflets tabac, des cachemires si doux. Coup de cœur, pour ma part, pour le cuir : un agneau d’une souplesse rare, coupé avec une précision de tailleur, qui fait de la jupe crayon, du pantalon droit et du trench ceinturé des basiques irréprochables. Un vocabulaire qui rappelle celui de Carolyn Bessette-Kennedy, figure tutélaire du minimalisme new-yorkais des années 1990, qui faisait d’une jupe noire et d’un pull fin une déclaration de style, ces silhouettes pensées pour passer du bureau au dîner réinventent le power dressing entre sophistication et nonchalance, là où l’assurance tient moins à ce que l’on montre qu’à la manière dont on le porte.



