Le sourire, nouveau territoire de la beauté
Il y a dix ans, on parlait sérum, LED et gua sha.
Aujourd’hui, c’est le sourire qui capte l’attention des laboratoires et des designers.
Un signe : les plus grands noms de la tech grand public : après les cheveux, l’air, la maison, se penchent désormais sur un geste vieux de plusieurs millénaires : le brossage de dents.
Et pendant que l’ingénierie s’invite dans la salle de bain, l’orthodontie, elle, se réinvente à coups d’intelligence artificielle. Le sourire n’a jamais été autant scruté, mesuré, sculpté.
1/ DYSON MORD DANS LA TECH DENTAIRE À PLEINE DENTS
Après les sèche-cheveux et les aspirateurs, Dyson change de terrain de jeu. Présentée à Paris début septembre par James Dyson lui-même, la CameraJet est une brosse à dents électrique qui embarque une caméra et un algorithme d’apprentissage automatique capables de repérer les espaces interdentaires en temps réel, à raison de 28 images par seconde. Le résultat de six années de recherche, plusieurs centaines de milliers d’images dentaires analysées et des dizaines de brevets déposés.
Concrètement, l’appareil combine une oscillation sonique variable à un jet ciblé qui vient nettoyer entre les dents pendant le brossage : la marque revendique jusqu’à 69 % de plaque éliminée en plus par rapport aux brosses électriques les plus vendues, et une amélioration de la santé des gencives visible en deux semaines d’utilisation. Une station de rangement 3-en-1 complète le dispositif, pensée pour recharger, ranger et remplir le réservoir en un geste. La marque a d’ailleurs construit un écosystème complet autour de la CameraJet : un dentifrice non moussant et sans SLS, décliné en trois versions (menthe verte, menthe gingembre, menthe poivrée pour dents sensibles), et un bain de bouche à la mousse volontairement limitée, dans les mêmes parfums : l’un comme l’autre pensés pour ne pas perturber la précision du jet interdentaire. La promesse n’est plus seulement hygiénique, elle est diagnostique ; le sourire devient un territoire que l’on surveille comme on surveille son sommeil ou sa peau.
2/L’ORTHODONTIE : L’EXPERTISE AUGMENTÉE COMME NOUVELLE NORME
Cette bascule vers la donnée et la précision, le Dr Patrick C. Curiel l’observe depuis plusieurs années déjà, de l’autre côté du fauteuil. Orthodontiste à Neuilly-sur-Seine, il a notamment conçu HARMONY, premier système au monde d’orthodontie linguale digital associant brackets autoligaturants sur mesure et arcs individualisés robotisés.
Avec le Dr Julien Benhacoun, il est également à l’origine de LYNER, une plateforme numérique qui conjugue intelligence artificielle et expertise clinique française afin de permettre aux omnipraticiens d’intégrer l’orthodontie à leur pratique. Du diagnostic à la planification du traitement, de sa simulation 3D à sa réalisation par aligneurs, elle réunit au sein d’un même environnement les outils et l’accompagnement nécessaires aux praticiens, quel que soit leur degré d’expérience dans la discipline.
« On a longtemps opposé le geste manuel, sensible, à la machine. Avec des outils comme LYNER ou les brosses équipées de capteurs, la technologie ne remplace pas l’expertise clinique : elle l’augmente. Elle permet au praticien de voir davantage, de mesurer plus précisément et de décider à partir d’informations plus complètes. »
Pour les deux orthodontistes, le numérique et l’intelligence artificielle ouvrent ainsi la voie à des traitements plus accessibles et plus prédictibles, sans modifier la nature profonde de la discipline : l’orthodontie demeure avant tout un acte médical, y compris lorsqu’elle répond à une attente esthétique.
Concrètement, LYNER permet à l’omnipraticien de prendre en charge un cas orthodontique depuis son cabinet, tout en restant au centre des décisions cliniques. À partir des données issues du CBCT : dents, racines, os et gencives, l’intelligence artificielle calcule le staging, autrement dit la trajectoire optimale de chaque dent, mouvement après mouvement. Chaque plan est ensuite supervisé et ajusté par un orthodontiste qualifié ODF avant d’être transmis au praticien.
Cette continuité numérique se prolonge tout au long du traitement. Depuis son application, le chirurgien-dentiste soumet ses cas, valide les plans et échange avec les experts de LYNER. Le patient, de son côté, visualise sa progression via LYNER Connect, reçoit ses rappels de changement d’aligneurs et transmet régulièrement des photographies permettant un contrôle à distance. « LYNER devient une forme de copilote clinique permanent, connecté au praticien comme au patient, du premier scan jusqu’au dernier alignement », résument les fondateurs.
Face à la pénurie de spécialistes et à la demande croissante de traitements, notamment esthétiques, LYNER esquisse une réponse aux déserts médicaux en mettant le numérique et l’expertise orthodontique au service des chirurgiens-dentistes, afin de rapprocher une orthodontie par aligneurs de haute qualité accessible au plus grand nombre.
3/LE RITUEL COMME OBJET DE LUXE
Face à cette course à la donnée, une autre proposition s’impose, radicalement opposée dans son geste : la collaboration entre Rick Owens et la maison suédoise de soins bucco-dentaires Selahatin. Le créateur, connu pour son goût affirmé des matières brutes, y signe une brosse à dents en corne de taureau à poils de sanglier, façonnée à la main, accompagnée d’un dentifrice, d’un bain de bouche et d’un spray buccal au parfum « monochrome », verveine, poivre du Sichuan, agrumes noirs, pensé avec lui.
Aucune caméra, aucun capteur : ici, le brossage redevient un geste sensoriel et artisanal, presque cérémonial, à rebours de l’automatisation. Owens, qui confie avoir porté un appareil dentaire enfant, revendique un sourire « sincère » plutôt que parfait : une manière de replacer l’imperfection au centre du désirable, quand la tech, elle, pousse vers l’optimisation continue.



